Témoignage 2886

Journal, 19 septembre 2015 Il y a eu « avant 2012 » et « après 2012 ». Finalement, après trois ans, qu’est-ce qui a réellement changé? Oui, j’écris ceci en 2015. Alors que 2012 semblait une année qui ne finirait jamais, 2015 passe à vitesse normale. L’été achève. J’aurais des centaines de pages à écrire au sujet de « avant » et « après ». Avant 2012 j’avais une vie programmée, comme tout le monde. Programmé pour atteindre une retraite, une sorte de « paradis » si quelqu’un se souvient encore du jeu de Parchisi, un paradis dans ce genre-là. Une programmation approximative parce que je savais bien que le travail s’agripperait à moi jusqu’à la dernière minute. J’étais un de ces à peu près chanceux encore capable de penser que, peu importe le panorama... économique (ça fait longtemps que les beaux arbres, les petits oiseaux c’était fini dans la tête de tout le monde), je me trouverais du travail. Se trouver du travail comme « se trouver en position de ». Ça se trouve pas du travail. Ça se quête, comme les quêteux sur le trottoir. C’est comme ça qu’on veut qu’on se trouve du travail. Mais du moment où j’ai compris qu’aller en entrevue c’était répondre au besoin de l’entreprise : c’est quelque chose du genre « vous êtes dans marde, vous avez besoin de quelqu’un, ben me v’là ». Voilà c’est un échange de services. N’importe quoi d’autre c’est pas du travail. Mais ça semble pas être compris de la sorte par le plus grand nombre. Et c’est pour ça que le monde fonctionne bien ? Tiens j’en fais une question. Parce que c’est juste ça, une question. Pas de besoin de rien comprendre, pas besoin de savoir exactement comment ça fonctionne. Suffit d’être dans le monde, dans la mesure que c’est possible « d’être ». Le reste. On verra. On verra dans quelques années, bien loin après le « après 2012 » si quelque chose aura vraiment changé. Tout ça pour simplement me situer dans l’avant 2012. Juste ordinaire. Juste dans le beat que tout marche comme ça marche et pourquoi monter aux barricades et vouloir changer les choses? Parce que oui, même si c’est à chier, ça marche. Et ça marche pour tout le monde. Pis pour ceux que ça marche pas, ben, ils sont du même bord que moi : se lever le matin, se faire chier, aller travailler, ou se chercher une job, ou faire dur... attendre le lendemain et recommencer jusqu’à l’épuisement. Pas si mal parce que chaque jour on a une occasion, au moins une, de se faire un petit plaisir, d’oublier, de se trouver drôle, important ou whatever. L’espace de rêve existe et j’en profite. Je comprends mal que les autres n’en profitent pas. Il est peut-être là le problème? Une autre question qui n’a pas besoin de réponse. Je suis une personne de questions, pas une personne de réponse. Je trouve des réponses, des solutions au travail, que la job se fasse et ensuite, pouf! Je suis dans mon petit monde de rêve. 2012 commençait comme toutes les autres années. J’ai eu une période difficile qui a commencé quelque part en 2010. Les détails viendront peut-être si c’est nécessaire, si j’ai envie de raconter des choses qui me font encore mal, si j’ai le droit, si ça ne met personne dans le trouble. On pourrait aussi dire 2000, pour d’autres raisons. On peut aussi remonter jusqu’à ma naissance tant qu’à faire. Le trajet de vie au complet est un problème. Et c’est pas juste quelque chose qui est pour moi. Je suis pas le seul. On est tous les seuls dans ce genre de situation. Une personne de question, comme toutes les autres aussi. Une question qui revient tous les matins, tous les midis, tous les soirs, tout le temps : « qu’est-ce qui va arriver demain? » Demain, de quoi manger, de quoi payer des comptes, de quoi se payer un peu de luxe. Quand demain arrive, ça recommence. Une sourde angoisse qui nous pousse par en avant, la carotte au bout du bâton. 2012, mon moteur de vie, plein de ratés. Ça tire et ça pousse de partout. Ça craque. J’ai du temps de libre, trop. C’est important ce trop de temps de libre. Je pense que c’est une clé. On verra. Je pense, sincèrement aujourd’hui en 2015, qu’en 2012 j’avais trop de temps. Pourtant j’étais très occupé. Et j’avais du temps. Du temps pour fouiller partout sur Internet. Du temps pour regarder quelque chose de curieux qui se passait pas trop loin (le centre-ville), pas trop proche (Victoriaville). Des étudiants pis la police. Ça brasse, ça tiraille, ça chauffe. Mais c’est juste une curiosité. Ça devrait finir. Mais ça reprend comme tous les jours on dirait. Ça reprend comme « qu’est-ce qui va arriver demain? » Demain de quoi manger, demain de quoi regarder sur Internet, de quoi payer des comptes, des étudiants qui manifestent, de quoi se payer un peu de luxe, la police qui arrête du monde et presque tout le monde en était content, la carotte au bout du bâton, pis j’étais juste hypnotisé. 2886

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<p>blabla</p>