Politique

Politique

« (...) moi je crois pas qu’ils ont vu venir le truc , la minorité dirigeante, on va dire, je crois pas qu’ils ont vu venir le truc parce qu’ils vont toujours défendre leur intérêt. Je pense qu’ils ne peuvent pas imaginer qu’un groupe puisse remettre en cause le cadre et, ultimement, comme ils sont aux commandes — comme le rappelait Debord encore — et qu’ils contrôlent les moyens de production, (...) ils ne peuvent pas imaginer qu’il y a une brèche. »

Les archives participent de la légitimation de la position dominante de certains groupes dans la société et, ce faisant, de leur cécité à l’égard de ce qui n’est pas eux. Elles sont intimement liées au pouvoir puisqu’elles en sont à la fois la condition et la conséquence. De manière générale, avoir des archives est d’une part le signe d’une légitimité à exister et d’autre part un moyen de faire valoir des droits. Qui n’a pas d’archives n’a pas de place dans l’histoire d’une société. Qui n’a pas de position à défendre n’a pas d’archives. Ainsi, les archives politiques se résument généralement aux archives des organisations dominantes (partis, syndicats, structures de la démocratie représentatives).

Les mouvements sociaux n’ont pas d’archives au sens strict. Ils sont pourtant dotés d’une mémoire vivante faite de l’expérience - de l’AG, de la manifestation, de l’émeute - qui se transmet de génération en génération en se transformant chaque fois qu’un nouveau moment politique surgit. « du moment qu’on laisse les analyses se produire, les classifications se mettre en place, de laisser surgir comme expression principale celle des personnes à qui on a octroyé un pouvoir de parole — lire ici médias, analystes, politiciens, etc. — de leur laisser mettre en boîte un événement social marquant, en faire un récit, nous pensons que l’ensemble devient fermé, terminé. La parole qui a émané de toutes les personnes ayant pris part aux événements est mise au silence au profit d’une analyse, d’une opinion qui nécessairement lui est étrangère et distante. »

« Avec la diffusion grande vitesse de l’information aujourd’hui, la fermeture, la mise sous silence se produit presque aussitôt que l’événement se déroule. On a bien un témoignage de ci, de là, mais il est incorporé dans le récit. Il n’est pas autonome et ne constitue plus une inscription de la personne, tout au plus c’est une anecdote. »

Cette mise au silence par l’analyse et la classification venues de l’extérieur du mouvement est aussi celle opérée par les archives qui sont toujours un choix effectué dans l’après-coup et par un autre que leur producteur. Pourtant, les archives conservent parfois les traces de ces mouvements au travers des documents de personnalités et des groupes y ayant participé. Le numérique change aussi les choses. Une forme particulière de l’inscription se déploie sur la toile qui n’a pas la pérennité de sa version traditionnelle sur papier ou sur pellicule. Que restera-t-il donc des mouvements sociaux d’aujourd’hui?

L'École de la Montagne rouge (page de présentation du répertoire illustré)

Probablement la meilleure entrée en la matière est de reprendre les propres mots de l’École, au premier jour de son blogue, le 13 février 2012 :

« L’École de la Montagne rouge est une initiative de jeunes créatifs conscientisés, candidats au baccalauréat en Design graphique de l’UQAM. Par ses actions, ses réflexions et ses recherches graphiques, l’École offre un moyen alternatif de s’impliquer à l’intérieur du mouvement de protestation étudiante. »

http://ecolemontagnerouge.com/le-jour-de-la-naissance/

Grève étudiante à l’ère de la communication de masse instantanée, le rassemblement par l’image va de soi et est essentiel : affiches, pancartes, drapeaux et autres, autant d’objets vers lesquels nous pouvons tourner notre regard, autant d’indicateurs du chemin à suivre. Depuis, le mouvement a été disséqué par toutes les disciplines.

Tract du PCR-RCP.CA

Distribué en 2012 lors d'une des manifestations du Printemps Érable, ce tract du Parti communiste révolutionnaire appelle à la constitution de comités révolutionnaires d'action politique dans chaque quartier.

Tract de la Commission d'Accueil de la Conférence des Gouverneurs

Distribué en 2012 lors d'une des manifestations du Printemps Érable, ce tract invite à participer aux journées d'actions planifiées en parallèle avec la conférence annuelle des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l'Est du Canada, 2012.

Lecture : Archives as Spaces of Memory

Le point de départ de la réflexion de Ketelaar est, 2007, l'annonce, en Irlande du Nord, de la création d’un groupe consultatif indépendant pour la recherche d’un consensus susceptible de rallier l’ensemble de la population.

Témoignage 2886

Journal, 19 septembre 2015 Il y a eu « avant 2012 » et « après 2012 ». Finalement, après trois ans, qu’est-ce qui a réellement changé? Oui, j’écris ceci en 2015. Alors que 2012 semblait une année qui ne finirait jamais, 2015 passe à vitesse normale. L’été achève. J’aurais des centaines de pages à écrire au sujet de « avant » et « après ». Avant 2012 j’avais une vie programmée, comme tout le monde. Programmé pour atteindre une retraite, une sorte de « paradis » si quelqu’un se souvient encore du jeu de Parchisi, un paradis dans ce genre-là. Une programmation approximative parce que je savais bien que le travail s’agripperait à moi jusqu’à la dernière minute. J’étais un de ces à peu près chanceux encore capable de penser que, peu importe le panorama... économique (ça fait longtemps que les beaux arbres, les petits oiseaux c’était fini dans la tête de tout le monde), je me trouverais du travail. Se trouver du travail comme « se trouver en position de ». Ça se trouve pas du travail.

S'abonner à Politique